Rapatries

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En fait, on a donné ce nom impropre de "rapatriés" aux pieds-noirs qui ont été contraints de fuir leur pays après l'abandon par la France, en majorité en 1962.

En réalité on rapatrie des gens qui étaient partis et qu'on fait revenir

Nous, nous étions nés là-bas et souvent depuis plusieurs générations (plus de 110 ans pour ma famille)

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Voici quelques récits de cette période : Violette - Patrick - Christine

 

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Violette

Suite au massacre du 5 juillet 1962 à ORAN , sans pouvoir être défendu par l' armée Française, monsieur le grand charl... avait donné ordre à Kazt de cantonner ses soldats dans les casernes et de n' en pas ouvrir les portes, ma mère avait décidé de nous accompagner en FRANCE , à BORDEAUX, plus précisément à CAUDERAN, chez sa plus jeune soeur , mariée à un militaire et rentrée un an auparavant, pour nous mettre à l' abri , et pour que nous puissions , ma soeur et moi continuer notre scolarité. Étant en 3ème j' avais du arrêter en février 62, d' aller au lycée qui était occupé par messieurs les gardes mobiles. Nous avions eu pendant quelques jours un lycée de remplacement dans une rue transversale à la rue des arcades et au niveau de la place des victoires. Lors d' un cours de.....nous avons entendu des rafales de mitraillettes. Pour nous protéger le professeur nous avait fait nous cacher sous les tables. De plus en arrivant à LA SOTAC à ORAN , pour prendre le car pour rentrer à MERS EL KEBIR , aucun car, une grève...........Comment faire , mes larmes sont montées, j' ai essayé de remonter la rue du lycée LAMORICIERE vers la rue de LA BASTILLE , une camarade de classe y habitait, mais où???Ne la voyant pas , j' ai décidé à l' arrêt de LA SOTAC de faire du stop. J'y étais opposée à cette époque et avec tout ce qui se passait....Heureusement une 2CV s' est arrêtée, c' était un monsieur de KEBIR , je suis montée . Ouf arrivée , je ne pense pas avoir repris le car et être retourné au lycée
Donc ma mère serait revenue à KEBIR en attentant, mais tout a basculé, mon père a dit si tu pars je pars avec vous. Nous avons eu les billets pour embarquer le 9 -7- 62.
En rentrant en FRANCE ,nous avons été remboursé de ces billets, si mes souvenirs sont bons 4 billets pour 8000francs= 80 francs, et maintenant c' est des euros.........
A 5heures du matin nous sommes partis tous les 4 dans la camionnette de monsieur FILIPI. Cette camionnette avait servie la veille ou l' avant veille à amener notre buffet blanc de cuisine , bourré de choses à sauver. Je me souviens il y avait mes livres , des prix obtenus en primaire et en secondaire, il y avait d' autres choses ; mais voyant tout ce chantier de meubles jetés sur les quais , nous avons tout ramené chez nous
Nous avons attendu 8 heures devant les grilles, nous avons été transbahutés d' un quai à l' autre dans des camions militaires, il y avait beaucoup de gens qui attendaient le droit d' embarquer, certains campaient dans leur voiture, des bébés et des personnes âgées, des femmes enceintes, comme la maman de SOPHIE, sous ce soleil qui frisait les 50° en plein midi............
Mon père a fait toutes ces navettes avec sur ses épaules un matelas de 2 places, plié en 3 et attaché avec des ficelles, sur la tète il avait 2 chapeaux de paille qu' il aurait pu vendre plusieurs fois.............Ma mère avait confectionné des baluchons ansés avec des vieux draps, nous les avions remplis de linge, nous avions avec nous nos cartables remplis de cahiers et de livres. Ma mère échangeait mes livres de lycée sur la place des VICTOIRE et les achetaient à la librairie LAURENT FOUQUE(S) ? à ORAN
Pour que nos bagages et ceux de madame GARCIA mis pèle mêle sur le quai, soient mis dans ce grand filet, via la cale du bateau, ma mère avait donné 5 francs à un docker ALGÉRIEN qui s' est fait traiter dans sa langue de tous les noms par un autre qui n' avait pas eu cette chance.....de pourboire
Nous avons embarqué assez tard dans l' après midi, vers 20 h le bateau a quitté les quais, et, et çà c' est une image que j' ai gravé à jamais dans ma tète: je me suis mise face à SANTA CRUZ , ORAN , les falaises de GAMBETTA et je me suis dit: EH DIRE QUE JE NE REVERRAIS PLUS JAMAIS çà.............
La montagne des LIONS CANASTEL KRISTEL...........plus de cotes en vue, derrière nous la pleine mer.......
Vers le soir des poissons argentés nous suivaient. On avait des chaises longues qui nous servaient de chaise et de lit. Moi j' étais souvent dans la cale , près des toilettes , j' avais le mal de mer
Puis les cotes ESPAGNOLES LES BALEARES LES COTES FRANçAISESen vue.Nous avons débarqué à PORT VENDRES dans la soirée du 10 juillet. Nous avons pris un train jusqu' à TOULOUSE. Ala gare on nous a servi un chocolat chaud. Puis nous avons pris un train via BORDEAUX gare ST JEAN et nous sommes arrivés le lendemain matin le 11
Une religieuse de LA CROIX ROUGE nous a amené à CAUDERAN dans sa 2cv .Nous avons récupéré nos bagages 8 jours après.
Puis , puis toutes ces nuits ce rêve , avec une gorge serrée , il ne fallait pas que je craque , nous dormions tous les 4 dans une même chambre , celle de mes cousins.............
C' est une phrase de JEANNOT P, dite à SANTA CRUZ  , lors de notre 1er retour , je le cite parce qu' elle correspondait bien à ce que je vivais: JE ME COUCHAIS JE ME LEVAIS ET JE VIVAIS AVEC MERS EL KEBIR..................
Ce rève je l' ai réalisé en 2005 en y retournant , en filmant et surtout en voyant de mes propres yeux CETTE BELLE RADE...........
Voilà le film de ce que je revis chaque année à l' approche de juillet............
Violette

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Patrick 

nous avons atterri en Normandie sur les conseils d'une soeur a ma mère qui habitait la région depuis l'indépendance du Maroc . Elle nous avons dit qu'il y avait beaucoup de travail
et c'était vrai ! mais quelle erreur nous avons fait !! . Le premier logement a été un lycée de Rouen  ensuite ,nous sommes restés 1 an dans un hôpital qui venait a peine d'être construit .Heureusement que nous avons rencontrés quelques compatriotes (les Carandante ,les Pietravalle , Françou Corral le coiffeur , Roger Verdé et Rosica , les Selitto etc ..)
Mon père a été embauché dans une usine où il y avait plein de  personnages détestables (ceux qui ont organisés une propagande mensongère contre nous )
L'hiver 62 a été très très froid ,un vrai cauchemar !! Ensuite mon grand père qui était avec nous est tombé malade de chagrin ,il est décédé un an après .
Par la suite , les choses se sont un peu améliorées ,mais mes  parents ne se sont JAMAIS habitués a ce pays, leurs coeurs est restés en Algérie .

Nous sommes partis d'Oran (près de la pendule) sur le ville d'Alger qui était plein a craquer , c'était au mois d'Aout 62

Patrick

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Christine  
 

MES SOUVENIRS 1962

Mon histoire s'identifie à la votre... Mon histoire s'apparente à la votre... c'est notre histoire, c'est aussi un peu celle de chacun d'entre nous.
 
Les deux dernières années avant l'indépendance, je les ai vécues à Oran, à la cité Jean de la Fontaine. J'avais 11 ans en 1962.
Il y a eu Rosette et ses deux enfants, André et Sylvette, et toutes ces affiches placardées dans la ville d'Oran qui les montraient morts, assassinés. Je revois encore la petite fille sur le sol tenant des fleurs cueillies dans ses mains. Ces images m'ont hantées jusqu'à la découverte du site de Françou où, là, j'ai pu leur donner un nom (je n'en avais jamais parlé avec mes parents)... ce qui m' a permis, aussi, lors de notre périple dans le midi, de découvrir à travers les rencontres et les conversations échangées où se trouvait leur tombe (à Toulon) et de pouvoir me recueillir et leur donner enfin un visage.

Il y a eu, les mois qui ont suivi, toutes ces rafales de mitraillette, ce vieillard arabe effondré devant la Casiro (batiment de la sécu qui se trouvait à la cité...), cette mauresque, blessée à la jambe, qui criait...ma mère et ma tante, revenant des courses, qui rampaient, essayant d'échapper aux balles... et nous, mon père, mon petit frère et moi, qui, du 13e étage, les regardions tremblants.

Il y a eu ce concert de casseroles aux balcons, aux fenêtres qui, aujourd'hui encore, résonnent dans ma tête et qui nous amusaient tant, mon frère et moi... nous ne mesurions pas le désespoir des sons qui en émanaient : "Algérie française..."

Il y a eu cette balle qui a traversé notre salle à manger et qui a forcé mon père à me jeter à terre. Il y a eu ces allées et venues incessantes à la cave pour nous protéger des balles.

Il y a eu cette visite des C.R.S. à la maison... et cet impressionnant "monsieur" qui, me prenant à part, me demanda :"Ton papa a-t-il des armes... Où les cache-t-il ? Qu'y-a-t-il derrière cette porte ? (porte, condamnée par le frigo, qui donnait sur la loggia) et moi, apeurée, m'appliquant à lui répondre... !

Il y a eu le 5 juillet... et les "you you des vainqueurs"

Il y a eu enfin ce départ... pour Alicante, Crévillente, où se trouvait ma famille maternelle.. . et mon père de dire à ma mère : « Je vous mets sur le bateau. Je vous rejoindrai plus tard, le temps de récupérer le linge et quelques meubles. » Dans la même semaine, il était avec nous, les mains vides... La veille de son arrivée, il avait été pris dans une rafle à Oran avec d'autres. Ils allaient être tués quand un chef du F.L.N. est arrivé, leur a demandé leurs papiers et les a laissés... partir... un véritable miracle, je crois ! sauver sa vie, le reste, tant pis !

Il y a eu ces "belles vacances en Espagne" dans mes yeux et mon cœur d'enfant !

Puis... notre arrivée en France, à Tarbes où nous sommes restés une année, mes parents, mon frère et moi, ma grand mère maternelle, une sœur de ma mère, à 6, dans une chambre de séminariste.. . mais, dans la précarité et la pauvreté... on peut trouver l'accueil, l'amitié et la chaleur de la Rencontre. Nous étions, vous l'avez compris, réfugiés dans un le grand séminaire de Tarbes et là, il y avait un prêtre, l'abbé Salisse, qui nous a tant aimés, qui nous a tant donnés, un prêtre qui a porté nos souffrances, qui a porté notre solitude, qui a porté notre désarroi... qui a, tout simplement porté notre histoire ! et cet homme là,  a laissé, dans mon cœur, une empreinte indélébile que ni le temps ni les évènements de la vie n'ont pu effacée.
Cet homme là, il m'a accompagnée et accompagne, encore aujourd'hui, mon quotidien.
Comme il ne me semblait pas possible de retourner "là-bas", je me suis mis en quête de le retrouver. Mon passé, c'était lui ! mes racines, par lui, étaient devenues celui pour lequel il avait donné sa vie : Dieu. Et je l'ai revu, quelques années plus tard, en vacances dans les hautes Pyrénées avec Jean et deux de nos enfants. J'ai revu le séminaire et son parc où,  pour la première fois de ma vie, j'avais vu la neige le jour de Noël. J'ai revu notre chambre, où dans notre chaos, nous avions vécu de si bons moments et je l'ai revu, lui. Il n'avait pas beaucoup voyagé depuis notre départ : il était devenu curé de la paroisse voisine du séminaire, à présent désaffectée. Les retrouvailles ne peuvent se dire. Elles sont du domaine du cœur et du silence ! Toujours est-il que Dieu m'a  fait un merveilleux cadeau (et ça ne peut venir que de Lui)...La veille de notre fin de vacances, la Providence nous l'a fait rencontré sur un chemin de randonnée en pleine haute montagne : lui et nous ! c'était un rêve, c'était magique... non, c'était bien réel ! c'était beau ! c'est une belle histoire ! Depuis, nous nous sommes revus deux fois et les vœux  chaque année ! La belle histoire a continué... Le père André Pastor de MEK que nous avons accueilli chez nous, en septembre dernier, lors de la retraite internationale des prêtres a ARS, le connaissait et habitait dans la chambre voisine de la sienne. ! un autre coup d'œil du Bon Dieu ! Par ces quelques lignes, je lui dis MERCI et lui rend hommage pour tout le bien apporté aux pieds-noirs. ..!

Tarbes, oui... mais, il y a eu Foix dans l'Ariège où, pour la première fois, j'ai vu pleurer mon père de désespoir... puis une halte à Toulouse (la ville toute rouge) et enfin... Lyon et ces regards de mépris parce que nous étions de "là-bas" et ma prof de français en 5e qui, durant toute l'année scolaire m'a montrée du doigt et se moquait de moi parce que j'étais pied noir. Je pleurais tous les jours, en silence, sur le chemin de l'école. J'avais froid, j'avais peur, j'étais seule, sans amis ! et, en moi, un désir intense, puissant, profond qui ne faisait que grandir jour après jour, année après année... celui de retourner chez moi, là où il y avait le soleil, là où il y avait la famille que j'avais perdue (nous étions tous séparés et nous n'avions pas beaucoup d'argent pour nous permettre de nous revoir souvent)

Et puis, il y a eu en 2005, le décès de mon père et en 2006, le décès de ma mère et là... tout en moi a explosé. Tout laissé pour retourner dans mon vrai "chez moi", celui, en fait, que je n'avais quitté...solitude, qui a porté notre désarroi... qui a, tout simplement porté notre histoire ! et cet homme là,  a laissé, dans mon cœur, une empreinte indélébile que ni le temps ni les évènements de la vie n'ont pu effacée.

Il fallait reconstruire le passé pour pouvoir construire l'avenir. Et me voilà à la Toussaint 2006, après 44 d'absence, sur le sol natal. Rien, en apparence, ne semblait avoir beaucoup changé... Les dégradations, les salissures, certes présentes, ne m'ont pas éclaboussées. Images, flashs, souvenirs vivaces, voix, odeurs, soleil, mer se sont, alors, entrechoqués, entrelacés pour me chuchoter à l'oreille :"c'était seulement hier !". Tout est là, comme avant. Le 2 novembre, jour de mon anniversaire, je me trouvais à MEK ... au cimetière, d'abord... Quel choc ! je n'ai retrouvé ni la tombe de mon frère ni celle de mon grand père maternel et j'aurais tant voulu offrir ce cadeau à mes parents et là, quelqu'un, envoyé par le ciel, est venu à moi, à nous. C'était Kader, l'ambassadeur et là, une nouvelle histoire a commencé. Le livre était ouvert, mais j'avais perdu la page de mon histoire. Je l'ai retrouvée et je peux enfin continuer à l'écrire !

Kader nous a accompagnés dans cette quête. MEK m'était resté si familier. Tout me revenait et j'ai eu la chance de retrouver intact maisons, lieux tant à MEK qu'à Oran et de rencontrer des gens formidables par la chaleur de leur accueil, leurs paroles, leurs gestes, leur présence. J'ai cru qu'à mon retour en France tout serait fini, qu'on n'en reparlerait plus... C'était une erreur de ma part. J'y suis retournée en 2008 et en 2010 !

Le passé, le présent, l'avenir sont un tout. On ne peut les dissocier. Le passé, quel qu'il soit, ne doit rentrer dans l'oubli. On ne doit pas vouloir aussi le revivre mais, il doit nous servir de tremplin pour affronter l'avenir avec élan et générosité. Les guerres, les catastrophes naturelles, en dépit de la désolation, engendrent  toujours des élans de générosité, de fraternité.


Merci Kader... nous nous sommes rencontrés... tu nous as fait connaître Françou et son site et aujourd'hui, MEK vit d'une autre façon... à la lumière du MEK d'autrefois

MERCI de votre présence journalière.. . Nous ne  nous sommes jamais quittés

bises à chacun...... ....Christine

 

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