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Les épidémies de cholera ont frappé, l'Algérie, l'Oranie et donc forcément Mers-el-Kébir

au cours du 19e siècle

 

Pour Oran et Mers-el-Kébir, nous n'avons pas de registres de décès avant 1840.

 

En 1846 le village va connaître un pic de décès avec 114 personnes alors qu'il en avait eu 25 en 1845

 

En 1849 à nouveau un nombre de décès plus important que la moyenne soit 88 personnes.

 

Enfin un autre chiffre plus haut que la moyenne en 1851 avec 72 décès

 

Josefa Maria BELTRAN une soeur à mon arrière grand père (né lui en 1851) en a probablement été victime le 31 octobre 1849.

Cette petite fille contribue à connaître la date d'arrivée de ma famille en Oranie car elle est née à Novelda en Espagne le 9 avril 1847.

Sa grand mère Teresa ABAD étant décédée le 17 octobre 1848 à Arzew.

Cela situe le débarquement de ma famille en Oranie entre avril 1847 et octobre 1848.

 

Notons qu'un cousin germain à mon arrière arrière grand père est décédé à Oran en octobre 1845 puis son épouse en mai 1851.

Ce couple a laissé 5 enfants qui au départ de leur mère avaient : 18, 14, 13, 9 et 8 ans.

 

 

 

Décès à Oran :

1846 = 1014

1847 = 1010

1849 = 2320

1850 = 1420

1851 = 1891

1853 = 741

1854 = 1186

1855 = 2420

1856 = 892

 

 

 

 

Les épidémies de choléra en Algérie au cours du 19ème siècle
Par L. Abid - Professeur à la faculté de médecine d’Alger 
(4 décembre 2006)

De part sa vocation de port ouvert sur la méditerranée, l’Algérie a été particulièrement exposée aux atteintes des maladies épidémiques et sa population a payé un tribut assez lourd aux grandes pandémies qui ravagèrent le pourtour du bassin méditerranéen. Cette situation ne s'est pas trouvée beaucoup modifiée par l'arrivée des Troupes Françaises en 1830 car les médecins de l’époque ne disposaient que des moyens thérapeutiques usités alors. L'application des moyens passifs en usage était de nature à limiter les atteintes des maladies contagieuses mais ne permettaient pas de les combattre avec des armes efficaces : l'isolement des individus atteints, leur groupement dans les lazarets, la mise en quarantaine des navires provenant des ports suspects. On était encore, pour lutter contre les maladies épidémiques, à la combustion d'herbes aromatiques et à l’exposition des marchandises des navires provenant des ports contaminés ou suspects aux rayons de la lune.

C’est ainsi que plusieurs épidémies de choléra se sont abattues dans l’Algérois, l’Oranie, mais également dans le reste du pays, au cours des premières décennies de l’occupation française. Par sa soudaineté, le choléra impressionne : la mort survient en 48 heures, après une incubation de 4 jours.


Le choléra de 1834 dans l’Oranie

Le choléra déclenchera sa première épidémie en septembre 1834, à l’hôpital militaire d’Oran. C’est par la mer qu’il pénétra (immigrants venant de Carthagène et Gibraltar) puis il se propagea dans la ville grâce à la malnutrition, à la misère et au manque d’hygiène qui existait alors. Les 1ers cas sont constatés à Mers-El-Kébir dans un atelier disciplinaire de condamnés militaires après que des passagers venant de Gibraltar furent débarqués. Dans les autres ports du pays (Alger, Mostaganem, Arzew etc...) on décide de mettre en quarantaine (sept jours) tous les bateaux provenant d’Oran.

Le 3 octobre, on dénombre 12 cas à Mers-El-Kébir et 305 à l’hôpital militaire d’Oran. Quelques cas sont également signalés dans la population civile ainsi que des décès ; un dispensaire est désigné pour recevoir la population malade. Entre le 5 et le 10 janvier, à Mers-El-Kébir, chez les militaires on compte déjà 25 malades et 13 décès. Le fléau s’étendra à toute la ville tuant près de 500 civils et autant de militaires. L’épidémie atteindra également Mascara et Mostaganem où on dénombrera près de 1500 victimes pour atteindre Médéa et Miliana.
 

Le choléra de 1835 dans l’Algérois

L’année suivante, en 1835, Alger est atteinte par une épidémie importée de Marseille et Toulon par les vaisseaux Le Triton et La Chimère. C’est le docteur Audouard, médecin principal, envoyé spécial de l’armée pour faire le bilan de l’épidémie de l’année précédente qui rapportera la situation de cette épidémie à Alger.

Les autorités d’Alger sont avisées dès le mois de janvier de cas de choléra dans la ville de Marseille (où on dénombre 2576 morts) avec réapparition également dans la ville d’Oran. En juin de la même année c’est à Toulon qu’elle se déclare, autre ville ayant un important trafic portuaire avec Alger où les bateaux sont mis en quarantaine dès que des cas sont signalés parmi les passagers. Malgré cette précaution, les 1ers cas apparaissent durant l’été parmi les soldats venant purger leur peine en Algérie. Il sont placés en quarantaine dans le lazaret de Bab Azoun. Mais d’autres cas apparaissent à l’hôpital militaire du Dey à Bab El Oued puis dans la ville, en particulier dans le quartier juif. Ainsi la contamination va atteindre, à partir d‘août, toute la ville se propageant à partir du pénitencier de Bab-el-Oued et des hôpitaux du Dey et de la Salpêtrière.

Dans la ville c’est le quartier israélite qui est le plus touché : on compte jusqu’à 100 morts par jour. En plus des cimetières existants, des terrains supplémentaires sont désignés pour enterrer dans des fosses communes les cholériques décédés sur lesquels une couche de chaux vive est répandue avant que la fosse ne soit recouverte de terre. Les mesures qui sont prises par les autorités pour faire face sont :

bulletMise en place d’ambulances dans divers quartiers de la ville placés sous la surveillance d’inspecteur de salubrité, vu le nombre restreint de médecins dans la ville.
bulletDeux locaux sont transformés en hôpitaux accessoires (l’un pour les musulmans, l’autre pour les juifs)
bulletLes hôpitaux du Dey et de la Salpêtrière sont réunis pour n’en former qu’un seul en y adjoignant la zaouïa de Sidi Yacoub, qui servait d’entrepôt pour l’armée.
bulletLe fort Bab Azzoun est transformé en Lazaret
bulletUne souscription est ouverte auprès des populations musulmane et européenne

Durant le mois d’août la mortalité est considérée comme effroyable : chez les européens on compte déjà 33 morts (6,75 % de la population), chez les musulmans 41 (13,5 %de la population) et chez les juifs 174 (4,5 % de la population). La peur se répand dans la ville qui est désertée par un grand nombre de ses habitants. L’hôpital du Dey ne suffisant plus pour les militaires atteints, l’armée reprend l’hospice de Bab Azzoun qu’elle avait initialement laissé pour la population civile.

 

Au 4 septembre, il y avait sur une population estimée à 7000 habitants :

bulletEn ville 1083 cas et 749 morts
bulletEn banlieue 91cas et 32 décès
bulletA l’hôpital civil 293 cas et 170 décès
bulletA l’hôpital du Dey : 502 cas et 140 décès
bulletA l’hôpital Mustapha 89 cas et 30 décès
bulletA l’hôpital militaire Caratine 465 cas et 205 décès

 

Soit un total de 2503 malades et 1426 morts. Au total il y eut 1220 décès civils, 639 militaires dont le pharmacien principal de l’armée Juving et le pharmacien major Marie ainsi que plusieurs médecins et chirurgiens. Par la suite cette épidémie, véhiculée par les troupes et les émigrants, va toucher Mustapha Pacha, Boufarik, Douéra, Blida avec « une mortalité effrayante », Médéa et Miliana où des cas sont signalés dans les tribus et atteindra même Annaba, en octobre 1835, par voie maritime, faisant 381 morts dont 204 indigènes. 
Le bilan de cette épidémie établi par les autorités de l’époque donnait pour tout l’algérois 12000 décès et 14 000 dans le Constantinois, soit l’équivalent de la disparition de deux villes entières comme Mascara et Mostaganem. En fait, les chiffres pour les autochtones sont certainement plus élevés car le recensement n’avait pas encore cours à cette époque.
 

Les autres épidémies de choléra de 1835 à 1849

D’autres épisodes de moindre gravité vont apparaître dans l’algérois, l’Oranie et le Constantinois jusqu’en 1849 date de la 2ème épidémie massive qui atteint Oran et qui marquera les esprits. 
En 1837, le choléra fait sa réapparition. En effet, un bataillon militaire, le 12éme de ligne embarque à Marseille avec déjà 25 morts avant le départ. L’épidémie partant d’Alger, avec le 12éme de ligne, va atteindre Miliana, puis Orléansville (Chlef ) et Cherchell puis, sous l’influence des déplacements de bataillons ou d’éléments de corps d’armée, la contagion va revenir à Alger avec le 16ème bataillon, puis atteindre Aumale (Sour El Ghozlane) et la ville de Bou-Saâda. Le 16ème bataillon atteint Annaba en y apportant l’épidémie, contaminant le corps expéditionnaire de Constantine puis la ville à partir du 13 octobre.

Deux ans plus tard, en octobre 1839, le général Changarnier qui vient relever les effectifs du poste de Miliana, découvre 800 soldats morts sur les 1100 de l’effectif. Sur les 300 restants, seuls 50 sont encore en mesure de tenir les armes. Ce qui fera dire au Général Duvivier, en 1841, « L'infecte Mitidja est un foyer de maladies et de mort » et les chiffres sont là pour mesurer la désolation, dans le Sahel d’Alger, entre 1831 et 1847, sur un total de 1522 enfants, 705 moururent (presque un sur deux).

En septembre 1846, une nouvelle épidémie se développe en suivant la voie de 1835. C’est le bateau Le Pharamond, de Marseille, qui apporte le 4 du mois, la maladie à Alger. Elle atteint le pénitencier du Fort Bab-Azoun, puis l’hôpital du Dey et enfin la ville avec 505 morts militaires et 202 civils.

En octobre 1846, c’est Oran qui est touché avec 209 morts un même jour pour atteindre le total 2001 décès à la fin de l’épidémie.
 

Le choléra de 1849 en Oranie

Dans « Algérie , un regard », Pauline De Noirefontaine écrit, à propos de cette épidémie : « le choléra a fondu sur notre pauvre ville comme un vautour qui la couvre de ses ailes noires… il est presque impossible de sortir de chez soi ni d’ouvrir sa croisée, sans entendre le râle de la dernière heure, ou voir quelque exposition funèbre…depuis six semaines que le choléra a étendu sur nous son bras de fer, il a déjà fauché le huitième de la population, et le tiers de la garnison, sept médecins, quatre-vingt-cinq infirmiers et douze sœurs de Saint-Vincent-de-Paul... Mais c’est surtout la rapidité avec laquelle on passe de la vie à la mort qui ébranle les âmes les plus intrépides. On ne peut même plus se fier à la jeunesse, à la fraîcheur et à l’éclat des belles années ; le monstre sévit avec une fureur tellement aveugle, qu’il frappe indistinctement jeunes et vieux, faibles et forts, pauvres et riches, sans distinction d’âge, de fortune. »

Comme pour les épidémies précédentes, c’est de France qu’arrive le choléra morbus où il sévissait déjà depuis les premiers mois de l’année.

A Oran c’est le 4 octobre que l’épidémie éclate de façon foudroyante dans divers points de la ville à la fois. Les ambulances sont saturées par l’abondance des malades, la municipalité est rapidement débordée, la population fuit hors de la ville. C’est d’abord à l’hôpital militaire que les cholériques sont hospitalisés mais dès le 20 octobre, le maire installe un hôpital provisoire en dehors de la ville dans un caravansérail destiné aux tribus des environs pour approvisionner le marché d’Oran. Outre le corps médical présent, des médecins militaires sont envoyés de Paris et des Soeurs Trinitaires s’y installent également.

Le 6 octobre c’est à Arzew et dans les villages avoisinants que des cas apparaissent avec leur lot de décès. Du 11 au 17 octobre, 1817 décès sont déclarés à l’hôpital civil Saint Lazare d’Oran.
Les migrations de populations va entraîner l’extension de l’épidémie aux communes voisines : Messerghin, Valmy, Sidi Chami où des ambulances sont établies. L’épidémie se propagera par la suite sur la route d’Oran à Mostaganem où les différentes tribus arabes sont fortement atteintes. Les médecins notent par ailleurs l’apparition de cas de typhoïde qui viennent se sur-ajouter 
Le 4 novembre, une procession solennelle part de l’église Saint Louis, dans le quartier de la marine, escortant la statue de Marie jusqu’au plateau de Santa Cruz en chantant « Notre Dame de Santa Cruz, ayez pitié de nous, sauvez nous ». Une pluie s’abat sur la ville nettoyant les égouts et les mares stagnantes remplies de détritus et d’eaux usées. Cette pluie qui tombe en abondance, pendant plusieurs jours, délivre enfin Oran de l’épidémie. Afin de perpétuer ce souvenir du 4 novembre une chapelle (Notre Dame de Santa Cruz) sera édifiée sur le mont de Santa Cruz l’année suivante.

Le bilan de cette épidémie établi par Pélissier donnait :

bulletPersonnel militaire : 882 décès
bulletPersonnel civil : 2472 décès dont 1512 arabes (2498 décès à Mostaganem, 662 décès à Oran, 182 à Tlemcen, 134 à Sidi Bel Abbes, 26 à Mascara.)


Le choléra de 1854 en Oranie

Le même scénario va se reproduire en 1851 puis en 1854. Des militaires venant de métropole vont répandre l’épidémie. Mais cette fois, fort de l’expérience de 1849 et 1851, des travaux de voirie permettant le drainage des eaux usées sont entrepris et les paquebots arrivant de Marseille sont mis en quarantaine. Un lazaret installé à Mers El Kebir reçoit les passagers des bateaux suspects. Des cas se déclarent effectivement parmi les passagers mis en observation ainsi que les premiers décès (un soldat et une fillette de 3 ans). Le corps médical d’Oran est renforcé par de jeunes médecins et des officiers de santé qui sont affectés dans les différentes localités du département d’Oran.

A Oran, du 22 juillet au 2 août, on compte 44 malades et 22 morts, à Misserghin 12 malades et 4 décès, à Tlemcen 11 décès. Le 10 Août le nombre de décès s’élève à 159 cas dans la population civile du département (en majorité dans la population indigène musulmane et israélite). Oran compte alors 2 médecins français, 3 médecins étrangers et 3 officiers de santé pour une population de 25.000 habitants.

Le 12 août, le total des décès dans la population civile s’élève à 99 (41 à l’hôpital civil Kargentah d’Oran ,19 à Hassi Ameur, 8 à Misserghin, 5 à Mostaganem et 20 à Tlemcen.).
Le préfet d’Oran, Majorel, insiste auprès du Gouverneur Général d’Alger pour renforcer le corps médical du département.

Une diminution des cas à partir de cette date entraînera un relâchement des mesures sanitaires prises auparavant (suppression de la quarantaine en mer et des cordons sanitaires et la libre pratique entre les différentes villes du département). Ce relâchement va se traduire par l’apparition de nouveaux cas dans des endroits jusque là indemnes (Ain Témouchent : 46 cas et 29 décès, Mascara : 1 cas et 1 décès, Saint Cloud : 2 cas et 2 décès, Ain Sidi Chérif : 12 cas et 6 morts, Ouled El Hammam : 3 cas et 2 décès).

Le 22 août, l’état du mouvement journalier dans les hôpitaux d’Oran et de Tlemcen est en faveur d’une diminution de l’intensité de l’épidémie. A cette date le bilan global s’établit à 600 malades dont 295 militaires et 300 décès dont 135 militaires.
De nouveaux cas avec leur lot de décès surviennent encore en septembre dans la population civile d’Oran et dans les villes et villages voisins. On incrimine alors la non acclimatation des nouveaux colons arrivés du nord de la France ou d’Allemagne au mois de juin. A Tlemcen au 4 septembre dans les 2 hôpitaux civil et militaire, on compte 132 cas et 96 décès.

A Ain Témouchent, on dénombre 56 décès parmi les colons et militaires et 159 cas et 74 décès dans les tribus des Ghrabas et des Smalas. Au mois d’octobre l’épidémie a pratiquement disparu dans la ville et dans la population européenne mais elle persiste dans les tribus arabes. 
Le 8 décembre, le préfet annonce enfin la fin de l‘épidémie. Le bilan qu’il établi le 4 janvier 1855, note pour tout le département, sur une population de 69457 individus, 1985 cas et 510 décès.
En février 1855, le bilan pour le département d’Oran dont la population était estimée alors à 70 000 personnes était de 1983 cas avec 770 décès dont 412 indigènes appartenant principalement aux Smalas et Ghrabas. Cette épidémie, qui a duré 4 mois, a été considérée comme beaucoup moins étendue et moins grave que celles des années précédentes.
 

Le choléra de 1854 dans l’Algérois

A Alger, le 29 juillet des cas isolés sont observés. Des mesures sont aussitôt prise :

bulletLa quarantaine est appliqué aux paquebots accostants au port ;
bulletLes militaires venant de France sont mis en quarantaine au lazaret de Bab Azoun ;
bulletDes salles spéciales sont affectées aux cholériques militaires à l’hôpital militaire du Dey ;
bulletLes militaires convalescents et atteints d’une autre affection sont évacués sur Birkhadem ;
bullet10 ambulances sont installées dans les différents quartiers de la ville ;
bullet40 lits sont réservés à l’hôpital du lazaret
bulletLe 20 août 1854, une hôpital spécial pour cholérique est aménagé dans une habitation en bord de mer, proche de l’hôpital Mustapha en même temps que la quarantaine est levée même si l’épidémie existe à Alger.

Cette épidémie qui aura duré 3 mois et demi a entraîné 579 décès civils sur 1133 cas (51 %).
 

 

Le choléra de 1854 dans le Constantinois

C’est le département qui a le moins souffert des épidémies de choléra, probablement à cause du faible trafic portuaire entre Annaba et Skikda et les principaux ports méditerranéens de France en particulier Toulon et Marseille comparativement à Alger et Oran. Néanmoins durant l’année 1854, des cas se déclarent à Skikda, le 10 juillet à l’hôpital mixte sur des passagers venant de Marseille. L’épidémie fera dans la ville et les villages environnants, 1821 morts sur une population de 6200 habitants. Elle touchera également d’autres villes du Constantinois.
 

Le choléra de 1867 dans la région de Batna

Cette région occupait alors un territoire de 800 kilomètres carrés, peuplée d’environ 10.000 habitants. La ville de Batna avec ses annexes de Lambèse et Fesdis comptait une population européenne de 1623 civils et une garnison de 1653 hommes. 
Avant 1867, elle avait déjà souffert du choléra. Ainsi en 1849, le choléra a immédiatement suivi l’arrivée des troupes françaises qui venaient de régions infectées et qui se rendaient au siège des Zaatcha. De même en 1854 des cas de choléra se sont déclarés après l’arrivée du 38ème de ligne qui venait de Annaba où une épidémie sévissait.

Le 11 juillet 1867, on apprit qu’une épidémie de « choléra asiatique » mélangé à des cas de fièvre pernicieuse sévissait chez les Ouled Amor (Tribu du Hodna). Cette épidémie entraîna les 19, 20 et 21 juillet 85 décès. Par la suite c’est à Biskra que l’épidémie se déclara avec plus de 65 décès au cours de ce mois de juillet.

Se basant sur la transmissibilité du choléra d’un individu à l’autre et par « voie d’infection atmosphérique », les autorités sanitaires de l’époque ont pris les mesures d’isolement suivantes :

bulletRestreindre le plus possible les communications de la région de Batna avec les régions infectées ;
bulletNe laisser arriver que les personnes reconnues « dégagées de toute influence épidémique » ;
bulletRendre les exceptions et infractions prévues et inévitables aux mesures précédentes aussi peu dangereuses que possible.

C’est ainsi que par crainte d’un afflux de population vers Batna on interrompit les communications avec Biskra et les régions limitrophes et on mit en place une quarantaine de huit jours pour toute personne venant de ces régions. C’est le caravansérail d’El Ksour situé à 28 km de Batna qui fut choisi le 19 juillet, pour la mise en quarantaine. Les nouveaux arrivés étaient isolés des anciens occupants, leur linge était désinfecté au chlorure de chaux, leurs déjections enterrées dans des fosses creusées à cet effet. On s’assurait enfin qu’à la levée de chaque quarantaine, la personne était en bonne santé et ne souffrait pas de diarrhée.

Cette quarantaine a été maintenue pendant deux mois au cours desquels on a compté 116 personnes dans le caravansérail (cinq sont décédés). Le marché hebdomadaire avait été suspendu pendant plusieurs semaines et on ne laissa libre que la route Batna-Constantine où la diligence et le roulage européen circulaient normalement. On installa à l’est de la ville, entre les portes de Lambèse et de Constantine, une ambulance constituée de 16 tentes pour les malades militaires et civils européens et une deuxième ambulance spéciale pour les indigènes 100 mètres plus loin. Une prison destinée aux indigènes et située à l’intérieur de la ville fut évacuée puis détruite.

Le 18 septembre la quarantaine à El Ksour fut levée, l ‘épidémie à Biskra ayant complètement cessée dans la population européenne et en forte décroissance dans la population indigène. Les autorités maintiendront néanmoins un poste de surveillance à El Ksour et ce n’est que le 23 septembre que la diligence de Biskra fut autorisée à entrer à Batna. Les ambulances furent levées le 23 octobre.

Si la population de Batna a pu être prémunie par ces mesures qui concernaient la population européenne se déplaçant entre Biskra et Batna, dans les tribus indigènes des Ouled Sidi Yahia, Ben Zekri, des Ouled Ziane et des Ouled Abdi, on compta quelques décès parmi les hommes ayant séjourné à Biskra. Ces décès incitèrent les autorités à éloigner tous les campements indigènes de la ville de Batna et leur transfert vers un lazaret établi en dehors des territoires civils. On compta 5 décès dans ce lazaret et 6 autres dans le village de Tilatou situé 5 kilomètres plus loin, au cours du mois de juillet.

Le lazaret fut levé le 15 août et la population replacée sur son ancien territoire. Pour la tribu des Ouled Bou Aoun les mêmes dispositions furent prises avec l’établissement du lazaret d’El Guergour où une mortalité assez forte se déclara. Ce lazaret sera levé à la fin du mois d’août.
Outre ces lazarets, les autorités sanitaires mirent en place 18 postes de surveillance composés de spahis et de cavaliers indigènes tout autour de Batna disposés en deux lignes courbes (à El Ksour, Ouled Chebbah, Ain Chellala, Djerma, Oum El Asnam, El Madher, Ain El Assafir, N’za Sirrah et Tafrent pour la première ligne la plus éloignée de Batna et à El Biar, Ouled Chellih, Ain fesdis, Ain El Assafir et Tizerouine pour la ligne rapprochée). Ces postes, qui constituaient un double cordon sanitaire, avaient pour mission d’empêcher les nomades revenant du Tell vers le Sahara de pénétrer dans la région de Batna avec le risque de propager la maladie. Ces postes furent maintenus jusqu’à la fin du mois d’octobre 1867, date à laquelle l’épidémie avait disparu du cercle de Batna.

Ces mesures ont permis d’éviter les centaines de décès qu’on voyait auparavant dans les villes puisque seuls 6 décès furent notés dans la ville de Batna et aucun cas à Lambèse et Fesdis où la population était estimée à 6937 personnes dans le territoire civil et 3125 dans le territoire militaire. Au delà de ces territoires sous contrôle, Le nombre de décès indigènes a été estimé à 3000 sur une population totale de 108.229 habitants soit un taux de mortalité de 2,8 %.