Illam Manuel

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Kébiriens Economie Pionniers Figures

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Manuel Illam dit Manolico  est né à Mers-el-Kébir en 1913.

Décédé en juillet 2011 (98 ans)

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Ses origines

Sa famille

Son parcours militant

Le Kébirien Rapatrié

Hommages

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Manuel Illam vers 26 ans

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Ses origines 

Branche Espagne

Juan Illam 1815-1893 venant de Crevillente en Espagne est arrivé à Arzew (Algérie) au début des années 1850.

Accompagné de son épouse Teresa LLedo et deux garçons  Antonio et Vicente.

En 1855 arrive un troisième garçon Manuel Sévère

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En 1882 Manuel Sévère épouse Rosa Sirera à Arzew

en 1884 ils ont Theresa

en 1886 ils ont Jean

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Branche Italie

Antonio Attanasio 1848 - 1901 venant de Procida en Italie est arrivé à Mers-el-Kbir vers la fin du 19ème siècle

Accompagné de son épouse Carmela Scotto di Vettimo et quatre filles Michela, Angela, Maria et Rosalie

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vers 1912 Jean Illam épouse Rosalie Attanasio à Mers-el-Kébir

(un des premiers mariage entre un espagnol et une napolitaine)

en 1913 ils ont Manuel

Veuve à 23 ans (Jean décède en 1914 à la guerre) Rosalie épouse Michel Balzamo en 1923

elle aura Micheline, Antoine (prêtre) et Marguerite

Jean Illam le père de Manuel - tombé pour la France

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Sa famille  

Venant de Procida en Italie, les familles Piro et Soccoja sont installées à Mers-el-Kébir depuis les années 1860.

De l'union en 1900 à Mers-el-Kébir entre Joseph Piro (1877 MeK - 1932)

et  Immaculée Soccoja (1882 MeK - 1973)

arriveront 9 enfants dont Catherine en 1918

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Manuel Illam épousera Catherine Piro  en 1939 à Mers-el-Kébir

de cette union verront le jour Jean-Michel et Marie-Rose

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voici une anecdote émouvante sur sa maman Rosalie ATTANASIO.

 

Rosalie Attanasio née en 1891 a perdu son papa en 1901 et sa maman en 1902, elle avait à peine 11 ans.

 

En 1906 lors du recensement, elle est avec la famille Schiano di Ferruzzo dans leur maison sur la route nationale d’Oran.

Il y a sous le même toit 11 personnes :

- Salvatore Schiano di Ferruzzo avec son épouse Marie Catherine Intartaglia et leur fils Fortuné Nicolas (12 ans).

- Michele Schiano di Ferruzzo (grand père de Michel et Gérard) avec son épouse Michela Francesca Attanasio (sœur ainée de Rosalie) avec leurs enfants Nicolas Antoine (6 ans), Marie Philomène (3 ans) et Antoine Sauveur (bébé). Les 3 autres enfants ne sont pas encore nés.

- Il y a aussi une Thérèse Scotto di Vettimo 87 ans, probablement une tante de la maman de Rosalie (Carmela Scotto di Vettimo)

- Marie Lourdine Attanasio sœur de Rosalie (qui épousera Aniello Romeo en 1920)

 

En 1911 au recensement suivant, elle est toujours avec eux.

 

La famille avait un sens très important à cette époque

 

 

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Manuel avec sa maman Rosalie Attanasio à Lourdes

 

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Manuel Illam avec son épouse Catherine Piro et leurs enfants

 

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Manuel (90 ans) à Lourdes avec sa belle fille

 

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Jusqu'aux derniers instants, il rêvait d'y retourner

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Son parcours militant 

 

Adjoint au maire de Mers-el-Kébir pendant 20 ans, il sera responsable de l'assistance aux nécessiteux

et le lien entre l'église et la mairie

Avec le docteur Molinie, le curé Koeger et Janvier Ferrara (le maire)

 

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Avec le curé Roche et son ami Antoine Lubrano

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Son dévouement fut récompensé par Monseigneur Lacaste, évèque d'Oran qui le décora du Mérite Diocésain

Le Gouvernement  Français le nommera en 1986, Chevalier de l'Ordre National du Mérite

 

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A la mairie avec Grégoire Pugliese, François Proto et Louis Autuoro

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Il a été secrétaire et trésorier de la Chorale Saint-Pierre durant de nombreuse années

également secrétaire de la Confrérie Saint-Michel, il s'occupait des grandes processions des Fêtes Dieu et Saint-Michel

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Président de la Conférence Saint-Vincent de Paul,

il a eu l'idée d'attirer les jeunes en créant le patronage Frédéric Ozanam dont le but était de préparer cette jeunesse

à devenir Confrère Saint-Vincent de Paul

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Pour le 20ème anniversaire de la Conférence, il organise en 1957 un voyage à Lourdes pour tous les confrères

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24 Diego Pugliese

25 Aniel Mattera

26 Ernest Volloch

27 Pierre Alverny

28 abbé Maximillien Scotto d'Ardino

29 Pascal Scotto Lomassesse

30 Joseph Costa

31 Joseph Costagliola

23 Manuel Illam

13 Robert De Gregorio

14 Bastien Martinez

15 Antoine Lubrano

16 Pierre Proto

17 Michel Schiano

18 Jean-Marie Scotto d'Ardino

19 Joseph Mattera

20 Michel Esposito

21 Jean Perez

22 abbé Merle

1 Norbert Martinez

2 Paul Ferrara

3 Raymond Quessada

4 Joseph De Gregorio

5 Joseph Piro

6 Gégé Amitrano

7 Maxou Pugliese

8 Pierre Pugliese

9 Jean-Michel Illam

10 Jean-Claude Anguila

11 Sauveur Costagliola

12 Dominique Balzamo

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Il organisera aussi des voyages à Rome et Paris

A Rome devant la "Boca de la Verità"

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Son sens de l'organisation permettra, par le biais des kermesses, d'obtenir les fonds nécessaires

pour la Conférence

La kermesse en 1954

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Buvette de la kermesse

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et enfin, son oeuvre par laquelle il est très connu des Kébiriens

en 1965, il fonde un journal "Le Kébirien Rapatrié", bulletin de liaison et d'information

qu'il adressera jusqu'à plus de 1000 familles Kébiriennes

jusqu'en début 1993

soit pendant 28 ans !

 

MERCI  MANOLICO !

Serviteur de l'église, de sa ville Mers-el-Kébir et des Kébiriens

 

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Le Kébirien Rapatrié 

 

Premier numéro

Le numéro 1 de janvier 1965

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Le dernier numéro (162) fin 1992

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A 80 ans Manuel transmet à Janvier Ferrrara, notre dernier maire, le fichier des adresses

grâce auquel nous recevons encore aujourd'hui

le bulletin "Fidèles et Unis"

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Historique succinct

des débuts du bulletin "Le Kébirien Rapatrié"

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Janvier 1965 - N°1

Premier numéro

Naissance de la rubrique "Nos joies nos peines". On y apprendra pendant 28 ans les naissances, les fiançailles, les mariages et hélas les décès de Kébiriens

Premier voyage à Lourdes

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Avril 1965 - N°2

Premiers donateurs "Ceux qui nous aident"  : Aniel Scotto Lomassesse et Michel Longobardo

Déjà 300 familles le reçoivent

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Mai 1965 N°3

Naissance de la rubrique "Nouvelles de nos amis"

On est impressionné par la vitesse à laquelle les rubriques qui vont durer presque 3 décennies prennent forme

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Septembre 1965 - N°5

Le nombre de familles qui reçoivent le bulletin est passé à 400.

Première inquiétude pour les cimetières

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Décembre 1965 - N°6

Premiers articles d'opinion

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Février 1966 - N°7

Premières nouvelles d'Oranie

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Août 1966 - N°10

Offre d'une médaille aux lecteurs

Première rubrique historique

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Octobre 1966 - N°11

650 familles reçoivent le bulletin

accroissement rapide du nombre de lecteurs

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Juin 1967 - N°15

Apparition de l'humour

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Décembre 1967 N° 18

700 familles le reçoivent

Appel au secours pour le financement et proposition d'un abonnement

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Février 1968 N°19

Annonce du rapatriement de la statue de Saint-Michel en décembre 1967

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Avril 1968 N°20

Installation de la statue de Saint-Michel à La Ciotat

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Juin 1968 N°21

Constitution du Comité Saint-Michel

 

 

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Hommages 

par son fils lors des obsèques

par Antoine Burle

 

Hommage par son fils Jean-Michel 

 

CHER PAPA,

 

L'émotion m'empêche de lire le condensé du parcours de ta vie. J'ai demandé à Maximilien Pugliese de me remplacer en tant que confrère et en souvenir de son Père dont tu étais lié par une grande amitié.

Remerciements au corps médical, docteur, infirmières, Kiné et Nathalie pour leur présence de tous les instants.

Un grand merci à Michèle Migliore (née Lubrano di Ciccone) qui te rendait visite le dimanche pour t'apporter la communion.

Ta vie a toujours été attirée par l'action Catholique.

A 10 ans tu fais parti de la chorale Saint Pierre. Tu en deviendras plus tard secrétaire et trésorier durant de nombreuses années.

Tu as été également secrétaire de la confrérie Saint Michel, t'occupant particulièrement des grandes processions des fêtes Dieu et Saint Michel.

La conférence Saint Vincent de Paul fut ta passion caritative. Dés sa création en 1937 tu en es le secrétaire, puis son président jusqu'en 1962, date de ton rapatriement d'Algérie.

Tu a eu l'idée d'attirer les jeunes en créant le patronage Frédéric Ozanam dont le but était de préparer cette jeunesse à devenir confrère de Saint Vincent de Paul. Cette Conférence Saint Vincent de Paul de Mers-el-Kébir, composée de 45 membres dont 25 jeunes, devait devenir la plus belle et la plus dynamique d'Oranie.

Les plus jeunes d'entre nous, encadrés par les adultes, se souviennent des visites du dimanche matin que nous faisions aux plus démunis, apportant la parole du réconfort et de l'amitié, sans oublier « les Bons» de nourritures ; les Musulmans n'ont pas été oubliés avec les distributions de semoule.

Avec nos Curés successifs, nous allions soutenir les malades et nous étions présents aux chevets des défunts. Quel apprentissage d'amour et d'humilité!

Ton sens de l'organisation permettra par le biais des kermesses d'obtenir les fonds nécessaires à cette action chrétienne envers les pauvres.

En 1957, tu organises pour tous les confrères, après 3 ans de cotisation, un voyage- pèlerinage à Rome, Paris et Lourdes dont le souvenir restera unique et mémorable.

 

Adjoint au Maire 20 années durant, tu seras responsable de l'assistance aux nécessiteux et le lien entre l'église et la mairie.

Pupille de la Nation (Guerre 14/18) tu présideras le souvenir Français.

Rapatrié en Métropole en 1962, tu surmontes les injustices qui nous sont imposées et te voilà dans le comité organisateur des grandes processions de Saint Michel à la Ciotat.

Le 1 e Janvier 1965 tu créeras un petit journal, « le Kébirien Rapatrié» bulletin de liaisons et d'informations que tu adresseras à plus de 1000 familles de ton ancien village jusqu'en décembre 1992.

Ton dévouement fut récompensé par Monseigneur Lacaste alors évêque d'Oran qui te décora du Mérite Diocésain, et le gouvernement Français te nommera en 1986 Chevalier de l'Ordre National du Mérite.

Pour ta famille, tu resteras un Père toujours présent avec beaucoup de générosité, apprenant à ses enfants le sens des valeurs, dans la religion Chrétienne.

Parmi tant de souvenirs familiaux, j'en retiendrais trois:

Les 50 ans de mariage que tu souhaitas fêter à Rome, entouré de tes enfants et petits enfants.

Logés au Vatican chez les soeurs de Santa Marta, nous avons assisté à une messe en votre honneur, célébrée à 5h 30 par le Cardinale Martin. Quelle fut notre surprise d'entendre les soeurs entonner spécialement pour vous un cantique en Français. Comment oublier un tel événement!

Pour tes 60 ans de mariage, ce fut Lourdes. Comme tous les pèlerins nous nous sommes dirigés vers les fontaines afin d'asperger nos visages; Un membre de la famille présent, perdait un oeil, condamné à une greffe de la cornée. L'Immaculée Conception bénissait vos 60 ans de mariage en nous accordons une grâce exceptionnelle: Cet oeil retrouvait sa vue originelle devant des médecins médusés et désorientés.

C'est encore à Lourdes que tu as fêté tes 90 ans. Encore en bonne forme, tu avais dit à l'hôtelier: C'est ma dernière venue.., et ce fut la dernière. En effet, pour tes 70 ans de mariage, il n'était plus possible d'envisager un déplacement.

Seigneur, personne n'est parfait, mais Manolico, comme l'appelait affectueusement tout le village, fut un de tes enfants. Pour ses actions bienfaitrices et son ardeur à te servir, reçois le près de Toi avec la vierge Marie, dans la miséricorde de ton amour, avec cette lumière que toi seul peut donner.

 

 

Hommage par Antoine Burle 

Il y a trois évènements qui me rappellent de façon précise Monsieur Illam.

1/ Saint André de Mers-El-Kébir, peuplé principalement de Napolitains venus essentiellement de Procida et d’Espagnols arrivés en Algérie depuis le milieu du XIXe et même sûrement avant, on se demande même si certains ne s’étaient pas planqués là depuis la  Reconquista espagnole de l’Ouest Algérien c’est à dire depuis au moins 1505. Allez savoir ! C’est un village très catholique et très pieux et notre très belle église du XIXe dédiée à Saint Michel et à la pèche miraculeuse sur le lac de Génésareth, ne désemplissait pas à chaque occasion. La messe du dimanche et ses vêpres, la messe du jeudi matin pour les enfants, Pâques, Pentecôtes, Toussaint, Noël, les baptêmes, les communions, les mariages, les enterrements, la Saint Michel, l’Ascension et l’Assomption, avec leurs processions à travers le village, la bénédiction du port de pêche et des bateaux de pêcheurs etc. etc. Toutes les occasions étaient bonnes pour aller à l’église. Tous les catholiques ou presque, étaient pratiquants (sauf mon père et ma mère) même si tous leurs enfants furent baptisés, j’ai fait ma communion solennelle mais pas mes frères et sœurs, trop jeunes encore avant 1962. Chaque matin, il y avait les vieilles et moins vieilles bigotes, nommées aussi les grenouilles de bénitier, toutes de noir vêtues, un foulard ou une mantille sur la tête, qui gravissaient péniblement les escaliers jusqu’au parvis de l’Eglise, qui se précipitaient à l’Eglise dès six heures du matin. Pas un « gayonne  ou gayonna », ne passait devant cette église sans se découvrir et sans se signer en regardant la grande porte ou la croix au sommet de l’église. J’ai même vu des Arabes se découvrir en passant devant l’Eglise, quand la cloche sonnait pour un enterrement, si, si, c’est vrai !

Le 7 janvier 1952, mes parents se mariaient civilement devant le Maire, Monsieur Janvier Ferrara, cousin de mon père (La mère de Janvier Ferrara, Pascaline Schiano di Sciabica était la demi-sœur de Josefa Villaverde, la grand-mère d’Henri Burle, source généalogique fourni par François Beltra) à la mairie de Mers-El-Kébir. Je n’avais pas encore six ans et ils avaient déjà trois enfants en vivant en concubinage. A cette époque là, ce genre de situation maritale n’était pas bien vu dans le village, il fallait qu’ils régularisent leur situation. Voilà, c’était chose faite !

 

Un soir de novembre 1956, il devait être aux alentours de dix neuf heures, il faisait déjà nuit et froid, nous étions tous dans la cuisine chauffée par un petit ″canoun″ (voir illustration) sous la table, de ce petit appartement troglodyte de deux pièces du quartier de la Joconde quand, nous entendions frapper à la porte. Mon père fumait tranquillement une cigarette tirée de son paquet de Bastos Bleue, tandis que ma mère devant le fourneau à pétrole dans un coin qui servait de cuisine, s’affairait au diner, je faisais mes devoirs, ma sœur Henriette tenait entre ses mains une poupée en chiffon et mes deux petits frères, José et Christian jouaient dans un coin sur le parterre en tommettes rouges. Nous nous regardions les uns, les autres, interrogateurs ; qui pouvait bien venir chez nous à cette heure du soir ? Intrigué, mon père alla ouvrir la porte et se trouva devant trois hommes en imper gabardine et chapeau mou. Mon père les connaissait bien, c’était Monsieur Illam responsable de l’association Saint Vincent de Paul du village avec deux autres membres de la dite association, que je ne connaissais pas, sinon de vue.

"Cagnounet"

Monsieur Illam était un homme d’une quarantaine d’année, pas très grand, bien enveloppé sans être très gros, bien que ce soir là, engoncé dans son pardessus, il paraissait plus volumineux. Jovial, souriant, très élégant toujours bien mis. Conscient certainement de la surprise qu’il avait occasionné et devant la mine surprise de mon père étonné, il s’adressa à lui avec un large sourire et lui tendait la main dans un ;

- Bonsoir Henri, on vient vous rendre visite. Il salua ensuite ma mère qui se tenait à l’écart.

Nous n’avions pas l’habitude de recevoir du monde, sinon quelques membres de la famille en  week-end de temps en temps l’été, mais jamais les soirs de semaine en hiver, sauf bien sûr, pour un événement exceptionnel. Mon père fit entrer les trois hommes et nous pûmes nous apercevoir qu’ils étaient chargés de paquets enveloppés avec du papier kraft, solidement ficelés, de paniers et filets remplis de provisions qu’ils déposèrent sur la table de la cuisine. Ma mère était restée prêt de son fourneau qu’elle avait éteint, mon père m’avait demandé de ranger mon livre ouvert et mon cahier de devoirs scolaires, mes frères et sœur si bruyants d’habitude, se taisaient assis sagement parterre contre un mur, tandis que mon père s’empressait de rassembler en les débarrassant des vêtements et cartables qui les encombraient les quatre chaises rempaillées que nous disposions pour inviter les visiteurs à s’asseoir. Monsieur Illam sans se démarquer de son sourire, entama la conversation :

-      Bon ! Henri, Carmen, vous savez ce qu’est l’association de la Saint Vincent de Paul ? Nous venons en aide aux familles qui sont dans le besoin, les plus pauvres, les indigents. Toi Henri, tu travailles à la Getman mais nous savons que tu n’as pas un gros salaire et que vos revenus, même si Carmen fait de temps en temps quelques heures à la Sardine (conserverie du village) et des heures de baquet, vous avez beaucoup de mal avec les enfants. Malgré tout, vous ne vous êtes jamais adressé à l’association pour vous aider.

 

Mon père, les mains de forgeron sur la table, ses doigts noueux croisés, fixait dans le vide sans oser regarder Monsieur Illam qui parlait, par pudeur sans doute. L’homme de temps en temps regardait ma mère qui se tenait debout sur le coté, les bras croisés sans avoir bougé depuis leur arrivée. C’est elle qui répondit à Monsieur Illam.

-      On fait comme on peut avec ce qu’on a, nous ne sommes pas aisés mais il y a certainement beaucoup de familles qui sont dans une situation bien pire que nous. Alors on ne demande rien à personne, sauf à l’épicerie qui nous fait crédit pour la semaine jusqu’à la paie d’Henri. Mon père, silencieux, laissait parler ma mère. C’est elle qui débrouillait toujours les situations un peu gênantes. Elle gérait !

 

-      On sait, repris Monsieur Illam, que vous ne demandez jamais rien à personne, nous savons pour l’épicerie et c’est pour toutes ces raisons que nous sommes là ce soir. Voilà, nous vous avons apporté quelques victuailles et d’autres affaires. Il y a là des couvertures et quelques vêtements pour vous et les enfants dans ces paquets et dans les filets et paniers des provisions, c’est bientôt les fêtes et nous souhaitons que vous les passiez agréablement.

 

-      Bien maintenant il y a autre chose de très important. (mes parents se regardaient se demandant sûrement ce qu’il pouvait y avoir d’autre de plus important). Vous êtes bien catholiques, vos enfants sont baptisés ? demande Monsieur Illam.

 

-      Oui bien sûr répond ma mère surprise. Nous n’allons pas souvent à la messe, nous ne sommes pas pratiquants assidus mais nous sommes croyants et mon ainé va au catéchisme et à la messe du jeudi et du dimanche, peut-être qu’il fera sa communion. (il ne fallait surtout pas tout dire avec certitude, c’était selon les moyens du moment)

 

-      Avez-vous un christ chez vous ?

 

-      Non nous n’avons pas de christ parce que ça coute cher et nous n’avons jamais eu les moyens de nous en offrir un. Nous n’avons que quelques images pieuses que les gamins du quartier nous ont remis le jour de leur communion.

 

Monsieur Illam ouvrit alors son pardessus et en sortit d’une poche intérieure un crucifix sur une croix de bois vernis et le tendit à ma mère qui le prit alors, les larmes aux yeux.

 

-      Il est béni Henri, tu n’as plus qu’à l’accrocher au mur.

-      Mais vous n’êtes pas mariés par l’église, non plus, reprend Monsieur Illam

-      Pour les mêmes raisons, dit ma mère, cela nous couterait trop cher et nous ne pouvons nous le permettre.

-      Il ne faut pas que cela soit un obstacle, la Saint Vincent de Paul prend tout en charge, acceptez vous ?  

Mes parents se regardent un instant, si ma mère dès l’âge de douze ans fut placée dans un orphelinat tenu par des religieuses, mon père n’a jamais fait de catéchisme, ne connait pas une seule prière, ne sait même pas se signer. Mon père hausse les épaules, l’air de dire que ça lui était égal. Ma mère souriait, en guise d’assentiment.

 

Affaire conclue, il est convenu que mes parents se marieront religieusement au cours du mois de janvier prochain, Monsieur Illam fera toutes les démarches nécessaires auprès de Monsieur le curé du village. Mes parents n’auront plus qu’à se trouver deux témoins. Ce sera Pierrette l’épicière et son mari Adrien s’ils veulent bien.

 

La conversation se poursuit sur des tas de sujets aussi différents les uns que les autres pendant un petit moment, surtout sur les parties et concours de boules à venir puis les trois hommes prirent congé, non sans que Monsieur Illam donne rendez-vous à mon père pour samedi ou dimanche prochain s’il ne pleut pas, au boulodrome évidemment.

 

Sitôt la porte refermée sur les visiteurs, nous marquons un petit instant de silence, avant de tous nous ruer sur les colis posés sur la table. Ma mère défait les paquets et en sort des couvertures marrons et grises, soigneusement enveloppées qui sentaient la naphtaline, des pantalons pour les garçons, des petites robes et des blouses pour aller à l’école. Des paniers, elle en tire des conserves de toutes sortes, des paquets de farine, de haricots secs, de lentilles, de sucre, de café, de chicorée, des boites de lait sucré Nestlé, des tablettes de chocolat Kholer etc. Il ya même une enveloppe avec des bons d’achat pour des chaussures et des vêtements aux magasins du village. Le père Noël était passé pour nous un bon mois avant la date.

 

Le 21 janvier 1957, c’est un jour de semaine, à la maison c’est le branle bas. Ma mère s’était achetée une robe noire et blanche à fleurs, boutonnée devant. Elle avait pris au magasin de vêtements en face du Cinéma, une chemise blanche de flanelle et un pantalon bleu marine en tergal pour mon père. Puis de l’autre coté de la rue, chez Monsieur et Madame Morales les chausseurs, une paire de ballerines pour elle et une paire de chaussures en cuir pour mon père. Le tout avec les bons d’achat remis par Monsieur Illam. Mon père n’aimait pas faire les magasins et chargeait ma mère de choisir pour lui. Elle connaissait sa taille, sa pointure ses gouts très modestes. De toutes façons tout le village connaissait mes parents et même si mon père n’y allait jamais et ma mère très rarement, les commerçants du village savaient  qui étaient Henri et Carmen Burle de la Joconde.

 

Ma mère avait fabriqué quelques jours auparavant des montécaos, des rollicos et des croquets aux amandes, gâteaux maison qu’elle avait posés soigneusement sur des plaques en tôle noire huilées et que j’avais emmené au four du plateau Saint Michel chez Abad, ou chez Henri Roméo en face de chez Marie la laitière, pour les faire cuire. Pierrette l’épicière et Adrien son mari avaient accepté d’être leurs témoins et en cadeau de mariage, leur avait offert la farine, le sucre, l’huile et tous les autres ingrédients pour faire les gâteaux. Adrien avait même apporté une bouteille d’anisette et deux bouteilles de Mascara pour arroser l’événement. Vers dix-sept heures, mon père arrivait du travail, posait précipitamment son vélo dans la cour, puis alla en marcel dans la buanderie pour se faire une toilette. Ma mère était prête depuis une bonne heure. Haouda, la jeune fille arabe qui venait souvent à la maison, était prévue pour garder mes petits frères pendant que nous serions à l’église. Mes parents m’avaient autorisé à les accompagner et je n’étais pas peu fier.

 

Mes parents, Pierrette et Adrien leurs témoins et moi, sur notre trente et un, nous nous dirigions à pieds vers l’église qui se situait à environ deux kilomètres de là. Devant la porte, nous attendaient Monsieur Illam avec un large sourire, les deux hommes qui l’avaient accompagné lors de leur visite à la maison, et deux femmes du village, coiffées d’une mantille en dentelle noire. Ma mère les connaissait peut être, elles se souriaient, mais ni mon père, ni moi ne les connaissions. Tout le monde se saluait poliment puis nous suivons à la queue leu-leu Monsieur Illam qui nous guidait dans l’église où le Curé nous attendait. Après une très brève cérémonie où mon père sérieux comme un pape et ma mère très émue, se promirent amour et fidélité, Monsieur le curé bénit leur union et tout le monde ressortait en félicitant les jeunes mariés.

Devant la porte, à peine sortie, Pierrette puisait dans un sac en papier des poignées de riz qu’elle lançait à toute volée sur les mariés et les quelques personnes qui étaient là, puis nous nous dirigions vers la maison, sans s’arrêter chez Robina, Jeannot ou chez Sébastien pour arroser l’événement, la nuit commençait à tomber et les petits qui étaient avec Haouda devaient commencer à s’impatienter. Les adultes plaisantaient et riaient beaucoup sur le chemin du retour.

 

C’est ainsi que mes parents, grâce à Monsieur Illam et la Saint Vincent de Paul, se marièrent religieusement un soir d’hiver dans notre belle Eglise de Mers-El-Kébir.

 

2/ La deuxième visite de Monsieur Illam à la maison, fut tout de suite après les inondations de la Joconde. Là encore avec ses deux ou trois compagnons de la Saint Vincent de Paul, ils nous amenèrent quelques ustensiles de cuisine, des couvertures, des vêtements et des victuailles.

3/ Et la troisième fois, fut quand je devais faire ma communion, au mois de juin suivant.

Cette troisième rencontre avec Monsieur Illam, je la racontais dans un récit que j’ai appelé : « La montre de mon père ». La voici.

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La montre de mon père

 

En 1976, quand mon père nous a quitté pour l’éternité, ma mère m’a donné sa montre en me disant qu’elle me revenait. Mon père n’avait aucun bijoux ni objet de valeur. Sa montre était son bien le plus précieux et j’étais heureux d’en hériter, parce que cette montre avait en 1976 une histoire vieille de plus de plus de 19 ans qui m’est revenue quand mon père est mort. En fait dans ce qui suit, il s’agit de la première montre de mon père.

 

Ma vie d’enfance est une vie simple ! Une enfance sans grands faits, quoique néanmoins marquée par une foule de souvenirs encore présents.

Mon adolescence s’est passée comme pour tous les enfants de mon âge et de ma condition. Scolarisé jusqu’à l’âge de 14 ans. Mon père me disait souvent cette phrase qui est restée gravée dans ma mémoire :

«  Il faut que tu travailles bien à l’école, que tu ais ton certificat  d’étude, il ne faut pas que tu sois un bourricot comme moi ! ». C’était un langage simple mais tellement plein d’amour.

Comme il avait raison ! Un homme illettré, mais combien plein de réalisme, de sagesse et de bon sens, il avait. J’allais à l’école habillé le plus simplement du monde. Une chemisette, une culotte courte rapiécée et chaussé d’espadrilles en corde achetée chez Pépito, que je m’empressais d’enlever sitôt rentré à la maison pour les faire durer le plus longtemps possible. Le plus souvent, j’allais pieds nus en dehors de l’école. La plante de mes pieds était tannée et je ne sentais pas les cailloux qui me mordaient la peau. Seules les épines qui se plantaient entre les orteils, me faisaient un peu mal il suffisait de les enlever pour repartir, courant comme un dératé. Le bitume ramolli par la chaleur et le sable bouillant des plages, réveillaient aussi ma sensibilité plantaire. Mes chaussures de luxe étaient une fois pas an, une paire de tennis. Hormis les sandalettes blanches de ma petite enfance, ma première vraie paire de chaussures en cuir, je l’ai eu le jour de ma communion solennelle. J’avais onze ans.

Dans ce village, tous les enfants catholiques devaient faire leur communion. J’allais donc au catéchisme après l’école, le jeudi, jour sans classe, il y avait la messe du matin et l’après midi j’allais au patronage. Gare à celui ou celle qui manquait la messe du matin, l’Abbé Roche, la quarantaine, un homme grand aux cheveux blonds très courts et aux yeux d’un bleu transparent, n’hésitait pas à nous gifler et nous tirer les oreilles. Pas question d’aller se plaindre aux parents, la mise était doublée par ces derniers. Il y avait aussi un autre Abbé, un peu plus jeune dont je ne me souviens plus de son nom. Lui était plus tolérant, plus gentil comme on disait. C’est lui qui nous faisait le rattrapage ou la révision des leçons de cathé qu’on avait "oublié" d’apprendre.

J’ai donc fait ma communion privée ou première communion, puis vint le grand jour, celui de la communion solennelle. Pour la première communion cela se passe le plus simplement du monde. Habillé très sobrement, pantalon court de couleur grise, chemisette blanche, socquettes et tennis blanche, le petit missel et c’était tout pour la tenue vestimentaire. Nous allions à la messe du dimanche, mes parents n’y allaient jamais. Catholiques, quoiqu’à mon père cela lui passait par-dessus le chapeau, ma mère quand à elle, orpheline très jeune, elle fut confiée aux mains des sœurs du couvent de Misserghin et bien que prise en mains par des religieuses et reçue une éducation catholique,  elle ne trouvait pas le temps de fréquenter l’église du village, comme la plupart des femmes catholiques du village. Trop occupée à la maison.

Ma communion solennelle demandait une préparation d’un mois après la communion privée et devait avoir lieu au mois de juin. Cette fois, c’était une autre paire de manches ! Tous les Communions et Communiantes devaient avoir la même tenue, ou presque. Les garçons pour la majorité devaient êtres en costume gris et les filles en une sorte de robes en voile ou tulle du genre jeunes mariées avec une coiffe. Mais certains garçons et filles, une dizaine sur une soixantaine de Communions du village, portaient et c’était les débuts, une aube blanche. Quoiqu’il en soit, ma mère disait que je ne ferais pas ma communion solennelle, cela impliquait trop de frais que mes parents ne pouvaient assumer. Elle le fit savoir aux curés.

Quelques jours après, se présentent à la porte de la maison, Monsieur Illam et trois hommes, de l’Association Saint Vincent de Paul qui remettaient à ma mère des bons d’achats dans les magasins du village, afin que je fasse ma communion comme tous les enfants du village qui y étaient préparés. J’eus ce jour ma première plus belle paire de chaussures en cuir gris que nous avions choisi chez Monsieur et Madame Morales, grand magasin du village, des gens très aimables., puis nous allions dans un grand magasin de vêtements il me semble en face du magasin Morales. Ce magasin devant lequel je passais souvent en ouvrant de grands yeux à la vue des magnifiques costumes, des belles chemises, des manteaux pour l’hiver et des vestes chics qui auraient bien été à mon papa. Là on m’offrit un magnifique costume gris, une belle chemise blanche, et un nœud papillon. Monsieur Illam, nous apportât, un magnifique brassard brodé, un grand cierge et un superbe Missel avec de la dorure sur la tranche dans une belle boite et une multitude d’images pieuses pour offrir au voisinage et à la famille comme le voulait la coutume. Mais le plus beau des cadeaux que je reçu, fut de gens que je connaissais depuis ma petite enfance. Une paire de gants blancs et des socquettes, offerts non pas par des Catholiques mais par des Musulmans. Monsieur et Madame Mimoun, une famille de Marocains. Bien plus tard, je réalisais que ce cadeau avait une valeur symbolique inestimable. Comment imaginer que des Musulmans puissent faire un cadeau à un enfant pour fêter un évènement Catholique ?

Toute la semaine précédent l’évènement, maman fit des montécaos, des rochers aux amandes, des rollicos, il me semble qu’il y en avait des montagnes. Elle les conservait dans des boites un fer blanc que les voisines lui avaient prêté. El tio José, chargé comme un bourricot, qui venait de Bousfer, avait amené la bouteille d’anisette, une énorme pastèque et un cabri prêt à cuire, mon Papé Antonio et ma Mémé Carmen qui venaient d’Oran à Ekhumul prés des Arènes par le car de la Sotac, avaient ramené dans leur capassos, du vin, des boites de gâteaux, des dragées et plein de légumes et de fruits mures. Maman avait invité toute la famille pour ce beau jour. Il y avait mon oncle Paolino sa femme Geneviève et leurs enfants mes cousins qui étaient tout petits. Eux aussi venaient d’Oran dans leur 203 noire. Tonton Paolino avait pris sa guitare pour accompagner qui voulait chanter, mais aussi un tourne disque Topazz et plein de disques à la mode de l’époque. Les tontons Joseph, Pierrot, Félicien avec les tatas Carmen, Marie et Clairette, tous mes cousins étaient invités. Quelques amis et des voisins.

Le jour fatidique, un beau dimanche ensoleillé, j’étais accompagné par une magnifique marraine de communion, Francine Cadénas dont je vous parlais plus haut, qui était devenue une très belle jeune femme dans un tailleur gris avec des talons hauts et des gants en dentelles blanche.

Ma grand-mère maternelle, femme de caractère, vive comme l’éclair, au tempérament de feu. Femme à bijoux. Elle portait une multitude de bagues en or à tous les doigts, des colliers de perles et des médailles et des croix suspendues à des chaînettes si longues qu’elles faisaient trois fois le tour de son cou ridé épaissi par les chaires qui tombaient comme des bajoues supplémentaires de vieille femme. Elle avait aussi, bien qu’elle fût si illettrée qu’elle-ne savait même pas lire l’heure, une magnifique montre en or sertie de pierres précieuses à son poignet, aussi ridé que son cou. Les vieux de l’époque, disaient que le meilleur des placements était dans l’or, et les bijoux en particulier.

Elle travaillait, bien que très âgée, comme femme de ménage dans une bijouterie et avait réussi, avec son culot légendaire, à se faire confier par ses patrons, des bijoux qu’elle vendait à son voisinage, à certains membres de la famille, dont nous ne faisions pas partie, mes parents étaient trop pauvres.

Mais le jour de ma communion, elle eut la fameuse et généreuse idée de m’offrir une montre. Elle en apporta deux au choix avec un beau bracelet en cuir. Une au cadran noir, la deuxième avec un cadran blanc chacune aux aiguilles et remontoir dorés. Je choisi la blanche. Ma mère approuva !

Je fis donc ma communion solennelle avec une belle montre au poignet et je ne manquais pas de la montrer à tout le monde. Nous habitions à la cité de recasement depuis peu. Récemment sinistrés lors des inondations du quartier de la Joconde.

Ce fut un beau jour de fête.

Bien sur, les jours suivant, il n’était pas question que je mette la belle montre. Elle restait donc sur son lit de soie au fond de son bel étui dans la vieille armoire familiale.

Un jour ma mère me dit : « Papa travaille au tunnel – à la base sous marine de Mers-el-Kébir - et il n’a jamais l’heure, des fois il part une demie heure ou une heure après les autres, parce qu’il n’est pas toujours prévenu de la fin du travail. Tu veux bien lui prêter ta montre quelques jours ? ». Bien évidemment, ma montre était plus utile au poignet de mon père qu’au mien ou enfermée dans une armoire et j’acceptais de bon cœur.

En fait, les quelques jours ont duré presque dix ans. Chaque soir, avant de se coucher, papa remontait délicatement la montre. Le remontoir qu’il prenait entre le pouce et l’index fut tellement usé par les doigts rugueux de papa, qu’il devenait une minuscule petite boule dorée et il a fallu le changer au moins deux fois, il en prenait grand soin. Quand nous sommes arrivés en France, mon père avait toujours la montre de ma communion solennelle. Dix ans s’étaient écoulés. Un 13 septembre, jour de son anniversaire, nous lui avions offert une nouvelle montre qu’il a gardé jusqu’à sa mort. Bien qu’elle ne fonctionne plus depuis longtemps, je la garde comme un trésor.

Voilà l’histoire de la montre de mon père.

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Antoine

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