Ferrara Janvier

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Janvier Ferrara est né à Mers-el-Kébir en 1903

Décédé en janvier 1994 (90 ans)

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Ses origines

Sa famille

Son parcours

Ses dates

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Ses origines

Gennaro (Janvier) Ferrara 1833 - 1912 venant de Procida en Italie est arrivé à Mers-el-Kébir dans les années 1860.

En 1865 il y épouse Marie De Gregorj dont les parents (venus de Sardaigne) se sont mariés au village en 1847

ils auront 7 enfants (2 garçons et 5 filles) dont 2 décèderont enfants.

Antoine né en 1871 épousera Pascaline Schiano di Sciabica en 1900.

La famille Schiano di Sciabica était aussi à Mers-el-Kébir depuis les années 1860.

 

Le couple Antoine Ferrara et Pascaline Schiano di Sciabica aura 1 fille et 3 garçon

dont Janvier Pascal en 1903

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Sa famille 

Venant d' Espagne, les familles Ivanes (d'Altea) et Manchon (de Crevillente) sont installées au village depuis longtemps aussi,

 les Ivanes dans les années 1840

les Manchon dans les années 1880.

Joseph Ivanes (1883 - 1964) et Antoinette Manchon (1889 - 1923)

ont eu deux enfants dont Henriette en 1910

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Janvier Ferrara épousera Henriette Ivanes  en 1932 à Mers-el-Kébir

de cette union verront le jour Claude et Mireille

 

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Son parcours 

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Voir également l'album de Mireille qui relate la vie de sa famille à Mers-el-Kébir

et

les magnifiques illustrations de cet album

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JANVIER FERRARA ( 1903-1994 )

par sa fille Mireille

 

   Écrire une biographie de Janvier Ferrara soulève 3 obstacles insurmontables ; d’abord je ne suis ni historienne, ni biographe et, ensuite, Janvier Ferrara est mon père.

 

    La seule méthode qui me permettrait de lever ces obstacles serait de raconter ce père comme on dit un conte : la légende d’un homme dont la vie est indissociable de l’histoire de Mers El Kébir et de l’Algérie de 1903, date de sa naissance à 1964, moment où il a quitté ce pays pour ne plus le revoir.

 

   Et ce pays il en a passionnément aimé les paysages, leur beauté, les gens qui le peuplaient. Il a toujours refusé  l’idée même de le quitter et, quand il n’a pas pu faire autrement que prendre le bateau qui l’amènera à Marseille, quelque chose de lui restera à Mers El Kébir, quelque chose qui lui manquera jusqu’à son dernier souffle.

 

   L’homme dont je parle n’est pas un héros de cap et d’épée. D’ailleurs, il ironisait souvent à propos du vers de Victor Hugo :« mon père ce héros au sourire si doux… »

 

   C’était un homme «  ni Don  Quichotte ni Sancho Pansa, mais un peu des deux » comme il se plaisait à le dire, un être humain qui vouait ses heures au développement de son village, de son pays et de la paix. Il avait bien sûr aussi des amis ; il aimait la mer, la pêche, les oursins, les poulpes, la chasse et il lisait, lisait, lisait, s’intéressait au Droit et aux Lois, défendait des causes qui se croyaient perdues et consacrait à sa famille le temps qui lui restait…et il lui en restait !

 

   Par contre, je pense sincèrement qu’il a eu la chance inouïe d’avoir une femme intelligente, cultivée qui l’aimait, l’admirait et le soutenait.

   Les grands hommes ont besoin d’une femme à leur côté, non ?

   Ils se sont mariés en 1932 et ont eu 2 enfants, un garçon en 1933 et une fille en 1938.

   Henriette, sa femme, l’a soutenu toute sa vie sans oublier une seule seconde de nous donner toute sa tendresse et sa créativité.

 

 

   Et puis, les enfants grandissent et le temps passe dans ce pays qui ne connaît pas encore les drames à venir.

   Janvier Ferrara vit dans les années 1938-1939 ses premières périodes de réalisation concrètes.

   La ligne de tramway qui reliait Oran à Mers El Kébir et aux plages de la corniche oranaise a été supprimée parce qu’elle gênait le trafic automobile de plus en plus dense.

   Janvier Ferrara s’associe à 3 petits transporteurs et à un juriste pour créer en 1939 la SOTAC (société oranaise des transports automobiles de la corniche). La SOTAC va devenir une entreprise très importante qui sera nationalisée en 1962 par le gouvernement algérien.

    Son fondateur n’aura alors plus les moyens de vivre en Algérie. La mort dans l’âme, il va s’installer en France où, jusqu’à son décès en 1994, il méditera sur sa vie passée faite de batailles pour créer et de pertes douloureuses. Il n’aura plus alors aucune activité que celles qui conduisent au renoncement difficile et à la sagesse.

 

   Mais, n’allons pas si vite aux années de deuil, même si elles sont les plus récentes.

 

   Pour le moment, il vit sa vie de père de famille et de chef d’entreprise et il note sur d’infimes bouts de papier que l’on retrouvera partout y compris dans ses tiroirs ou en marque page de ses livres. Il note des phrases personnelles ou des citations auxquelles il accorde de l’importance.

   Elles ont toutes un rapport très clair à l’humain : il se dit « humain assoiffé de vérité », pour qui  « l’important c’est d’être conscient » ; pour qui aussi  « le sens de l’humain est l’apanage de la bonté » ».

 

   Une des citations qui me touche le plus parce qu’elle me semble prémonitoire, est tirée de Chateaubriand et dit : «quand il neige sur le père, l’avalanche est pour l’enfant ». Et il a neigé sur ce père si préoccupé de ses enfants et de leur sécurité matérielle !

   Mais, comme il nous a enseigné aussi que nous avions à décider nous-mêmes de nos amours, idées, croyances, métiers etc…nous avons survécu (sic). 

 

   En 1940 mon frère a 7 ans, j’en ai 1,5, c’est la guerre

   L’Angleterre bombarde la flotte française qui s’était mise à l’abri dans le port de Mers El Kébir dont la sortie a été bloquée par des mines. Mille trois cent marins et officiers meurent dans un guêpier nommé  « Opération Catapult ». Les pêcheurs et la population civile dont les trois frères Ferrara passent de très longues heures à récupérer sur les eaux recouvertes de mazout en flammes, les restes de ces marins français.

   Les efforts pour essayer de comprendre les raisons de Winston Churchill pour ordonner le massacre de cette flotte alliée, ne font pas, pour autant, accepter qu’il se soit produit et ne fait pas, non plus, disparaître les images qui hanteront ses rêves pendant des années. 

 

   Peut-être pour faire pousser la liberté là où il y a eu guêpier, pour redonner la vie là où la mort a porté ses ravages, Janvier Ferrara va prendre des responsabilités dans la vie de son village.

   Il s’engage dans le combat pour le détachement de Mers El Kébir qui dépendait alors de la commune d’Oran. Il l’obtient et, en 1947, il en est élu Maire. Il en gardera les fonctions jusqu’à l’indépendance en 1962.  Pendant toutes ces années, il travaillera à la conservation des espèces et des rivages algériens (le terme « écologie » n’était pas encore à la mode) et au développement de son village. Dans une collaboration avec le ministère de la Marine, Mers El Kebir va devenir un des plus grands ports de guerre français sans que sa beauté en soit touchée.

  

 

Au fil du temps, il sera élu Conseiller Général puis président du même Conseil et Délégué à l’Assemblée algérienne.

 

    C’est un grand travailleur, passionné par l’humain, un érudit à l’humour et à l’intelligence décapants. C’est aussi un visionnaire qui pressent le futur de son pays mais qui ne peut pas s’empêcher de fédérer, d’essayer de concilier ce qu’il sait être inconciliable, de semer des germes de paix.

 

   En 1962 une mères et 2 enfants sont massacrés à Mers El Kébir. Les villageois prennent les armes, décidés à venger ces meurtres en tuant leurs compatriotes musulmans même si FLN , GPRA et  MNA rejettent la responsabilité de ce crime.

   Janvier Ferrara écrira « pour ma part réconcilier les deux communautés est un devoir impérieux et urgent ». (1)

   Il conduit une délégation restreinte qui de douar en douar, va  « inciter les musulmans à reprendre leurs activités en ville et ainsi rétablir le contact  avec les européens ».(1)

 

   C’est une réussite. Et j’ai le souvenir de cette masse d’européens groupés dans le bas du village, armés et près à en découdre pour se défendre, ou se venger, ou calmer leur angoisses justifiées d’ailleurs…et qui choisissent eux aussi la paix. Ce qui n’empêchera pas la guerre (dont les enjeux sont ailleurs) de se perpétuer…

 

  …Pendant ce temps, notre héros comme celui d’une tragédie antique, redouble d’énergie pour réaliser un projet cher à son cœur : mettre en valeur le vieux fort espagnol de Mers El Kébir.

    Ce bâtiment magnifique  « dont la Cariatide figure de proue d’une trière fantôme… »(2) doit sortir de l’ombre du paysage quotidien pour révéler sa beauté et son histoire.

    A ce moment de sa vie, il a 54 ans et il va pouvoir entonner son chant du cygne : paix, beauté, mise en valeur du pays et culture, culture, culture. Une façon peut-être de dire adieu en criant « je t’aime » et « comme je regrette de ne pouvoir œuvrer sur ce qui reste à faire ».

    Il prend contact avec Paul Robert Houdin, créateur il y a 6 ans du premier son et lumière en France au château de Chambord. Mers El Kébir sera son deuxième projet et le premier en Algérie. Le texte en sera écrit par Yves Jamiaque, la musique est confiée à Georges Delerue et André Milon assurera la partie technique.

 

   Le 25 Mai 1959, les spectateurs émerveillés par la majestueuse beauté du fort, verront ce spectacle pour lequel et « pour d’évidentes questions de prestige », (1) cent navires de guerre français sont ancrés dans le port. C’est un succès magistral et qui n’éteindra pas la fougue de cet homme.

 

   En 1958, le vieux fort avait vu apparaître Mr Robert d’Eshougues, instructeur national d’état aux mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. « Les tréteaux », sa troupe récemment créée pourrait jouer «  la dévotion à la croix » de Calderon traduite et adaptée par Albert Camus. La pièce se joue avec succès.

    Mr d’Eshougues et Janvier Ferrara rêvent tous deux de faire jouer la pièce de Cervantes  « l’Espagnol courageux ». Elle semble avoir été écrite au fort de Mers El Kébir où Cervantes a séjourné. Elle sera traduite par un homme du pays Emmanuel Roblès.

   En attendant sa mise au point, le Festival d’Art dramatique accueillera «  les Perses » d’Eschyle par la troupe du théâtre antique de la Sorbonne.

 

 

   La semaine suivante, en première mondiale, c’est  « l’Espagnol courageux ». Les tréteaux reçoivent l’aide de la troupe musulmane de Mostaganem « El Saidia » dirigée par Mr Abd El Rahmann Kabi ». Les simulacres d’attaque du fort seront réalisés par la Cavalerie du 29éme Spahi de Mascara.

    Un bel exemple de fédération des richesses créatives. Ensuite, le théâtre professionnel va entrer en jeu et d’abord « l’Antigone » d’Anouilh et « Othello » de Shakespeare.

 

   Pris par l’organisation, les contacts, les décisions à prendre tout en respectant ses responsabilités de chef d’entreprise et ses devoirs d’élu, Janvier Ferrara  rêve quand même de présenter le mythe de Don Juan et réalise ce rêve.

   *le « Don Juan Tenorio » de Zorilla sera donné par la Compagnie Lope de Vega de Madrid.

   *le « Don Juan de Molière avec le magnifique  Daniel Sorano.

   *le « Don Giovanni » de Mozart sera chanté par les plus grands professionnels français et étrangers du moment.

 

   Et le programme concocté par Janvier Ferrara et Mr d’Eshougues est déjà prêt pour 1961   On aurait pu y voir « les noces de sang » de Garcia Lorca, la « Célestine » De F.D. Rojas et le « Caligula » de Camus.

    « Mais sous la pression des événements qui se dégradent tant à Alger qu’à Oran, les pouvoirs publics recommandent aux responsables du Festival, de renoncer à faire venir à Mers El Kébir des comédiens de métropole ».(1)

    Les deux organisateurs prendront alors la décision de clore le Festival par «  Barouf à Chioggia » de Carlo Goldoni qui sera donné par les tréteaux, premiers intervenants de ce Festival.

    Comme par un retour magique aux origines de mon père, la pièce aura pour décors le port de pêche de Mers El Kébir avec, pour scène, un chaland de grandes dimensions, des barques de pêche assurant les relais.

    La chorale Saint Pierre de la paroisse de Mers El Kébir chantera les intermèdes musicaux.

   Après une alerte à la bombe qui arrêtera la 1ére représentation, une 2éme soirée aura lieu le lendemain et se jouera devant 2500 personnes.

 

   Le Festival 1961 n’aura pas lieu, 1962 verra la signature de l’indépendance. De nombreuses années plus tard, Janvier Ferrara écrira l’épilogue de « Mers El Kébir, un haut lieu prédestiné », épilogue que je cite dans sa totalité :

 

   « Je voudrais donner libre court à la méditation qui a été la mienne tout au long de ces lignes en pensant aux Berbères, aux Arabes, aux Phéniciens, aux Turcs, aux Portugais, aux Espagnols et enfin aux Français.

    Pourquoi ne jugerions nous pas leur œuvre à notre propre lumière plutôt qu’à celle des temps où elle a été conçue.

    Cette œuvre peut refléter l’esprit des siècles mais elle ne fait véritablement œuvre d’homme que si elle s’adresse aux hommes de tous les temps et de tous les milieux. Les civilisations se meurent mais l’humanité continue. Elle est la somme des civilisations passées et à venir. Et, si l’œuvre est belle et si l’œuvre est juste et si l’œuvre est forte, elle poursuit, au-delà des générations, son action tutélaire de beauté et de justice.

    Telle est la précieuse leçon des vieux forts qui dorment au fond des rades éternelles.

    L’œuvre d’homme ne se doit qu’aux hommes. Et c’est au vent de cette vérité que l’humanité a toujours poursuivi sa route sur les vagues mourantes et renaissantes des civilisations ».

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 Pour terminer ce récit, je voudrais citer une légende qui court encore aujourd’hui à Mers El Kébir. Cela pourrait avoir l’air grandiloquent mais qu’importe. Elle rassure mon cœur en me faisant croire que mes racines n’ont pas été arrachées quand le bateau qui m’amenait à Marseille en 1964, a quitté le port d’Oran et que j’ai vu se profiler et disparaître , dans un vol de mouette, la rade de mers El Kébir.

 

   Je me tais enfin,  pour laisser parler la courte légende.

 

   On voit encore dans les rues de Mers El Kébir un très vieil homme, courbé par les ans, tout habillé de blanc , appuyé sur sa canne, il marche très lentement, il parcourt les rues, va dans tous les quartiers, c’est Janvier.

    Et s’il était resté là ?

 

 

(1)   Mers El Kébir, un haut lieu prédestiné par Janvier Ferrara.

(2)   Yves Jamiaque : texte du son et lumière de Mers El Kébir

 

 

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Ses dates 

 

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1903 - Naissance à Mers-el-Kébir

 

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1932 - Mariage à Mers-el-Kébir

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1933 - Naissance de son fils Claude

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1938 - Naissance de sa fille Mireille

 

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1939 - Création de la SOTAC

La compagnie de transport par car en Oranie

 

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1940 - Témoin du drame les 3 et 6  juillet

 

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1947 - Il devient Maire de Mers-el-Kébir

 

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1952 - Décès de son papa

 

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 1956 - "Mers-el-Kébir Le grand Port" par Robert Tinthoin

En 1956 paraît ce livre essentiel sur le village de Mers-el-Kébir mais le Contre  Amiral  GELI (Préfet Maritime)  le précise dans la préface, il a été écrit à la demande de Janvier Ferrara

 

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1958 - Création du Son et Lumière au Fort de Mers-el-Kébir

Suivi en 1959 par un Festival d'Art Dramatique

 

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1970 - Décès de sa maman

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1983 - Décès de son épouse Henriette

 

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 1989 - "Mers-el-Kébir Un haut lieu prédestiné" par Janvier Ferrara

Paru en 1989, ce livre est la seconde référence sur l'histoire de notre village et de sa vie

 

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1994 - Décès à La Ciotat

 

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