C'est en 1830 que les Français arrivent à Mers-el-Kébir.
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En 1842, le Gouverneur Général en Algérie, le Lieutenant Général Bugeaud (connu pour sa casquette) demandait à son Directeur de l’intérieur Guyot d’aller voir la possibilité de construire un entrepôt et des quais dans la région d’Oran et Mers-el-Kébir.
Voici ce qu’il en a dit.
A propos de la route :
« En retournant à Mers-el-Kébir, j’ai pu examiner la route (commencée en 1832) qui unit cette localité à la ville d’Oran. Cette route taillée dans le roc, le tunnel qu’elle traverse et la bonne direction des pentes font honneur au Génie militaire qui l’a ouverte et aux Ponts et Chaussées qui l’ont améliorée. Il est à regretter qu’elle ne soit pas plus large et il sera prudent d’y construire presque partout des parapets comme il en existe sur certains points. Leur entretien et les éboulements qui se renouvellent chaque hiver des terrains supérieurs occasionnent des dépenses que votre Excellence doit s’attendre à retrouver dans chaque budget. »
A propos des eaux thermales :
« Les eaux thermales exploitées par l’Etablissement des Bains de la Reine que l’on rencontre sur cette route, méritait notre attention. La grotte où ils sont établis est fort ancienne ; pratiquée bien au-dessous du niveau de la route, elle avait été encombrée par les déblais de cette route. Depuis, cette grotte elle même a été déblayée. Une pompe et des baignoires y ont été installées. Les eaux thermales proviennent de deux sources de même nature, mais inégalement chaudes …
… Un petit hôtel fort bien tenu sert déjà d’abri aux malades qui se rendent à ces bains. L’administration militaire qui en ordonne un grand usage n’a jusqu’à présent accordé aucune rétribution au concessionnaire. Il le recommande à la sollicitude de votre Excellence, car c’est un homme dont les efforts doivent être encouragés et il est à craindre que de longtemps il ne trouve pas dans les malades civils une rémunération suffisante de ses utiles travaux. »
A propos du village :
« On aurait peine à comprendre comment une population a pu se décider à élever des constructions sur ce rocher abrupt et à combattre avec ses propres ressources les difficultés d’une position aussi ingrate, si l’on ne savait combien est puissante l’industrie particulière quand un intérêt réel vient la mettre en jeu. Il est à regretter surtout que des efforts si énergiques n’aient pas été secondés et dirigés. Il est devenu difficile il est grandement temps de rétablir un peu de symétrie dans le désordre des constructions et surtout de ménager les pentes des rues de manière à les rendre facilement praticables. Il sera encore possible de régulariser les pentes du terrain ou plutôt du rocher sur lequel serpente la rue la plus importante. C’est un travail urgent. Une autre rue pourra être ménagée, en prenant la pente de très loin, de manière à venir aboutir à l’emplacement conquis sur le roc en face de la Marine. Les habitants aideront à ce travail en prenant leurs matériaux sur ce point aussitôt que la rue aura été tracée… »
La police :
"Cette population composée pour la majeur partie d'Espagnols parait laborieuse et rangée. La police est faite et il règne plus d'ordre dans cette petite bourgade que sur beaucoup d'autres points placés dans des conditions plus favorables."
Le phare :
"... Je signalerai le Phare de Mers-el-Kébir dont la construction élégante est due à M. Aucourt d'après quelques dessins de M. Pézerat et que j'ai visité avec une véritable satisfaction. J'arrive, Monsieur le Ministre, à divers objets qui se rattachent à l'avenir de ce port et à la création d'un entrepôt qui nous a préoccupé."
L'entrepôt provisoire :
"Je ne m'arrêterai pas sur l'entrepôt provisoire qui est actuellement créé à la demande du commerce par les soins de la Direction des Finances dans une partie du port affectée à cette destination. Les magasins assez vastes seront à 30 mètres au moins au-dessus du rivage; les colis n'y parviendront qu'à force de crics et de grues. La circulation intérieure sera très difficile. Cette création est donc une grande preuve de la bonne volonté de l'Administration qui ne pouvait pas mieux et le commerce lui en saura gré, malgré tout, parce qu'il y trouvera une économie de 30% sur les frais que lui occasionne la nécessité d'envoyer ses colis à l’entrepôt d'Oran et de les faire revenir. D'ailleurs comme je l'ai dit cet établissement est purement provisoire.
Avant d'arriver à la question de l'entrepôt définitif, voici deux objets que je dois particulièrement signaler comme s'y attachant :"
Le quai :
« D’abord la construction d’un quai à Mers-el-Kébir. Quoique l’entrepôt doive appeler le mouvement et la population sur un point assez éloigné du village actuel, comme ce village borde le meilleur mouillage, les établissements de la marine y resteront inévitablement et avec eux, les marins, les passagers, beaucoup de marchandises, une grande circulation ; mais la place manque ; cette place il faut la conquérir sur la mer et sur le roc… »
L’eau :
« Enfin Mers-el-Kébir manque d’eau. Une seule fontaine élevée sur la route d’Oran, fournit à peine 1000 litres d’eau par 24 heures et les navires mouillés dans le port sont dans la nécessité d’envoyer leurs barques faire de l’eau à Oran. J’ai cherché s’il y aurait possibilité de satisfaire sans trop de frais ce besoin à l’aide de plusieurs sources de la montagne voisine. Il est douteux qu’elles puissent être suffisantes et il est à craindre qu’il ne faille tenter d’amener vers Mers-el-Kébir des eaux des aqueducs d’Oran. Cependant la fontaine actuelle peut également être améliorée. Enfin un magnifique bassin espagnol en bon état de conservation pourra devenir facilement une citerne d’une dimension peu commune et où les eaux de la montagne seront recueillies et conservées … »
L’entrepôt (définitif) :
« … C’est en première ligne le commerce interlope que l’on veut favoriser et qui désertera inévitablement Gibraltar quand il trouvera des approvisionnements et des facilités à Mers-el-Kébir …
… Indépendamment de ce commerce, l’Entrepôt, en fournissant des marchandises aux innombrables navires qui traversent le détroit, fera à Gibraltar et à Cadix la même concurrence que cette dernière ville, devenue port franc, a faite à la première avec tant d’avantages, les commerçants d’Oran prêtant l’appui de leur expérience à ces espérances logiques …
… Au profit de qui se fera le commerce interlope, autrement dit, cette contrebande d’Oran ? N’est-ce pas au profit des marchandises anglaises ? Ne jouerons nous pas en cela le jeu de l’Angleterre bien plus que le nôtre ? – et si cela était, serait-ce donc pour favoriser le commerce anglais que nous ferions une chose que sans faire preuve de trop de pruderie, on peut qualifier de blessante pour le droit des gens ? Le Nord de l’Espagne lutte avec nous contre l’invasion des fabriques anglaises et se défend contre la contrebande et nous allons en quelque sorte prendre parti contre la Catalogne. Nous favorisons par le fait la contrebande, malgré les principes du droit des gens et au profit d’un ennemi, d’un concurrent du moi s aux dépens d’une puissance alliée. En vérité et quoique les promoteurs et les partisans du projet se le dissimulent peut être, les produits de ce commerce illicite ne forment-ils pas la plus grande partie de leurs espérances ? Quoi qu’il en soit la question m’a paru mériter d’être posée et soumise à l’appréciation du Gouvernement . je désire me tromper et que la création de l’Entrepôt se justifie par d’autres avantages …
Tout ce qui se rattache aux conditions à faire au commerce ne rentrant pas dans mes attributions, je ne m’occuperai pas autrement de cette question que pour faire une simple observation sur ce que je crois savoir su système que doit proposer mon Collègue. Ce système consisterait, si je suis bien instruit, à isoler complètement l’entrepôt du territoire et à en faire, au moyen d’une enceinte de murailles, une sorte de terrain neutre où le commerce agirait en toute liberté ; sa ligne des douanes même ne serait placée qu’à l’extérieur. On se demande si la localité et le trésor n’aurait pas à souffrir de cet ensemble de dispositions. »
Signé Guyot le 15 décembre 1842
La commune a vu le jour sur le plan administratif par une Ordonnance Royale du 31 janvier 1848 et elle a pris définitivement le nom de Saint André de Mers el-Kébir par décret de Napoléon III du 23 mars 1864.